Lettre aux oblats

Octobre 2017

Chères Sœurs et chers Frères en Oblature,

Sœur Marie-Claude reste longtemps sur le chapitre du silence, dans notre Règle de Vie, comme une amoureuse ou quelqu’un qui a quelque chose de très important dont il faut  montrer toutes les beautés en détail. Vous connaissez sûrement des œuvres d’art, des tableaux par exemple, dont, en les voyant on dit : ‘Que  c’est beau !’ puis on passe à un autre objet. Si on a la chance d’avoir un guide avec soi, un vrai connaisseur, il pourra vous ouvrir les yeux sur des profondeurs de beauté insoupçonnées.

Ainsi Sœur Marie-Claude essaie de nous faire voir le vrai pourquoi du silence, ce qu’il est vraiment : non pas une absence de… mots, de bruit, etc. Mais un espace désencombrée, ouvert pour la Présence.

Pourtant, même en le sachant, il n’est pas si facile que ça,  dans la vie quotidienne, en communauté, d’en rester conscient et de vivre à ce niveau…

Seul le silence peut permettre l’accueil de la Parole et sa résonnance au plus profond de notre être. Il est l’atmosphère de la vie d’oraison et l’âme de la louange divine. Il est aussi l’acte habituel d’une vraie charité qui nous fait respecter le recueillement de nos sœurs. RV

La dernière fois, nous avons vu le lien entre le silence et l’amour. Aujourd’hui ce lien nous apparaît sous une forme plus concrète : celle de la charité fraternelle.

Nous aimons Dieu, nous faisons silence pour accueillir sa  Parole, pour demeurer en sa Présence.

Nous     aimons nos sœurs, nous enveloppons notre vie – et donc la leur – de silence pour leur permettre ce recueillement – cette paix – où Dieu se dit, où l’être humain peut se refaire.

Acte habituel d’une vraie charité – d’une parfaite charité. Charité très haute, en effet, que le souci de favoriser à nos sœurs ce pour quoi elles sont venues : chercher Dieu dans la conversion et la louange.

Le silence est donc un moyen pour tendre au recueillement, à l’union à Dieu. Il est aussi  moyen pour rencontrer nos sœurs en vérité. Vous avez sûrement expérimenté que parler, échanger, ne débouche pas forcément dans la rencontre, la communion.

J’aime à rapprocher ces deux paragraphes de la Règle de Vie : celui que nous venons de lire, qui fait du silence  l’atmosphère de la vie d’oraison, et le dernier qui fait du silence le lieu de la rencontre fraternelle et du témoignage.

Plus nous demeurons en Dieu, plus nous pouvons nous accueillir mutuellement à un niveau profond, à ce niveau où Dieu habite. Comment pourrions-nous témoigner de Dieu qui est Amour si nous ne vivions pas habituellement de sa Présence – si nous ne cherchions  pas à le reconnaître en chacune de ses créatures ? Des chemins divers peuvent conduire à cela et des personnes en pleine activité apostolique vivent profondément ce double appel du Seigneur :

-    Demeurez  dans mon amour…
-    Aimez-vous les uns les autres comme  je vous ai aimés…

Pour nous, la qualité de notre silence va importer beaucoup pour une vraie rencontre avec Dieu, avec nos frères et, par suite, pour la valeur de notre témoignage. Aussi pouvons-nous nous demander ce que recouvre notre silence : un souci de tranquillité ou de communion ? et d’abord, existe-t-il vraiment ?

« Plus le silence s’approfondit, plus il permet une rencontre vraie avec nos sœurs et avec ceux qui viennent à nous, et plus il témoigne de la Présence de Dieu parmi nous. »  RV (15.05.1979)