Lettre aux oblats

Septembre 2017

Chères Sœurs et chers Frères en Oblature,

Sœur Marie-Claude continue sa méditation sur le silence dans notre vie :

« Le silence est condition et conséquence de l’amour. Il est expression de notre foi en Dieu toujours présent, de notre adhésion profonde à sa Volonté. » RV

Nous avons déjà vu le lien entre silence et amour en donnant au silence sa dimension d’attente du Verbe, de communion à la Parole. En 1931, Notre Mère commençait le tout premier coutumier-directoire par ces lignes :

« Les sœurs ayant compris que le silence intérieur est indispensable pour être dociles aux inspirations de la grâce, s’efforceront de pratiquer parfaitement le silence extérieur. »

Voici que dès le départ, dès la première ligne, les règles de silence sont situées dans leur vraie perspective : être dociles aux inspirations de la grâce. En 1932, dans l’ébauche des futures constitutions, nous retrouvons cette même finalité :

« Les sœurs auront un grand amour pour la pratique du silence, gardien de notre intimité avec le Seigneur, tuteur de toutes les vertus, école de l’adoration éternelle. »

Nos Constitutions suivent la même ligne et font du silence « l’atmosphère de la vie d’oraison et l’âme de la louange divine. »

Le silence est une affaire d’amour. Il en est la condition en ce sens que sans silence nous ne pouvons percevoir cette Présence qui nous habite, nous ne pouvons être à l’écoute de Celui qui se dit à l’intime de notre être. Cela est vrai déjà au plan humain : l’amour s’étiole quand le bruit, l’agitation ne laissent plus place à l’intimité de la rencontre. Toute communion à la beauté, à la bonté, à l’Amour, suppose un climat de paix, de silence.

Mais plus profondément le silence est conséquence de l’amour. Vous avez sûrement expérimenté le saisissement qui dépasse toute parole devant une œuvre d’art, devant l’immensité de la mer. On ne peut communier à la beauté dans sa forme la plus pure que par le silence. De même, deux êtres qui s’aiment profondément se diront leur amour dans le silence : « De quoi nous taisions-nous ensemble ?... » Alors comment ne pas se taire devant l’immensité de l’amour de Dieu si on se laisse saisir par lui ?
Celui qui aime vraiment demeure dans l’amour, et le silence naît tout naturellement de cette communion – silence qui peut d’ailleurs garder sa densité, se charger d’amour, au milieu des occupations diverses.

Mais il est des moments où il nous semble impossible de rejoindre cette zone profonde où Dieu demeure. Il y a un tel 000 entre Dieu et nous que, même dans un parfait environnement de silence, nous ne trouvons plus sa présence, nous ne pouvons plus percevoir sa Parole.

Est-ce signe que notre amour faiblit ? Pas forcément. A propos de la présence à Dieu, difficile à garder dans les tracasseries quotidiennes, Dom Claude nous disait qu’un des traits de l’amour est de vouloir être avec celui qu’on aime. Mais il peut y avoir une équivoque dans la recherche d’une présence à Dieu qui serait pour soi. La présence à Dieu n’est pas forcément dans la conscience que nous en avons, et les ténèbres de la foi sont éducatrices. Il nous citait d’anciens moines qui avaient l’impression de ne pas prier, alors qu’ils étaient toujours en prière.

La perfection ne réside pas dans la connaissance de la vérité mais dans la charité, et la charité est d’autant plus grande qu’elle est plus gratuite. Quand le silence devient désert et nous laisse une impression de solitude, peut-être est-ce l’heure où il est vraiment l’expression de notre foi, de notre foi en Dieu toujours présent, même si nous n’en avons pas conscience, expression de notre adhésion profonde à sa Volonté dans la disponibilité et la gratuité.
(8 mai 1979)

Et voici encore un texte de M. Zundel :

Il faut être attentifs à la présence de Dieu en nous et dans les autres, en nous et en toute créature, et être attentifs à cette présence, c’est entrer dans le silence intérieur, c’est vivre à ce niveau profond où le dialogue avec Dieu devient continu, et c’est cela le cœur de la prière.