Lettre aux oblats

Mars 2017

Chères Sœurs et chers Frères en Oblature,

Dès le premier jour de ce mois de mars, nous serons en carême, et notre marche annuelle vers la célébration de la fête de Pâques commence ; marche ou montée ou marathon… n’importe la nuance : il s’agit de changement. Pas forcément changer de lieu, comme le peuple hébreu traversant le désert pour fuir l’Egypte, mais bien plutôt de changer de mentalité (metanoia).

Dans la vie quotidienne, il nous est constamment donné des occasions de conversion, de changement : Dans la lettre du mois dernier, Sœur Marie-Claude nous l’a rappelé. Et le petit passage des Lamentations cité plus bas (« son amour n’est pas épuisé ; il est nouveau chaque matin ; grande est sa fidélité ») vient enfoncer le clou !

Le carême nous prépare au grand Mystère de la Passion-Résurrection de Jésus, et pas seulement à sa célébration liturgique mais aussi, et principalement, à notre union à l’action salvatrice du Fils de Dieu. L’année liturgique nous offre encore d’autres « mains tendues » : pas une fois par an seulement, mais 51 fois ! Chaque fin/début de semaine nous donne  à revivre le déroulement du Triduum Sacré. Notre Règle de Vie nous le rappelle par deux fois : au chapitre de la liturgie et dans celui sur l’oraison.

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« L’heure de veille du jeudi soir introduit la mé-
moire du  triduum pascal qui sera, dans les jours suivants, marqué par le souvenir de la mort du Seigneur, l’attente en silence du salut de notre Dieu et la joyeuse célébration de la résurrection. » RV

Dans le contexte de notre vie d’oraison, il est normal de faire mémoire de la mort et de la résurrection du Seigneur qui est le fondement même de notre vie chrétienne, de notre vie monastique, de notre vie de sœurs de Jésus Crucifié.

Chaque semaine il nous est donné de revivre plus intensément ce mystère et de nous acheminer ainsi vers la célébration de la Pâque.

Le souvenir de la mort du Seigneur avec la ‘station au pied de la croix’ (la prière de 15h), le grand silence de l’après-midi, marque spécialement la journée du  vendredi. Tout ceci nous est assez familier, mais peut-être avons-nous moins souvent réfléchi sur « l’attente en silence du salut de notre Dieu ».

Ce passage de Jérémie, tiré d’une Lamentation, est lu ou chanté à l’Office des Lectures le Samedi-Saint. C’est un chant d’espérance et déjà  d’action de grâce :
    « C’est une grâce du Seigneur que nous ne soyons pas anéantis ; son amour n’est pas épuisé ;
Il est nouveau chaque matin ; grande est ta fidélité.
Le Seigneur est mon partage, a dit mon âme,
c’est pourquoi en lui je veux espérer.
Le Seigneur est bon pour qui espère en lui, pour l’âme qui le cherche ;
Il est bon d’attendre en silence le salut du Seigneur.
Il est bon pour l’homme de porter le joug
dès sa jeunesse.
Qu’il se retire à l’écart, en silence, si Dieu le lui impose !
Qu’il mette sa bouche dans la poussière :
peut-être y a-t-il un espoir.
Qu’il tende la joue à celui qui le frappe
et se rassasie d’opprobres.
Jérusalem, Jérusalem, reviens au Seigneur ton Dieu. »
(Lam 3,22-30)

Nous sommes sauvés et nous chantons déjà la miséricorde de Dieu ; et en même temps, ce salut, nous l’attendons dans le silence et la componction, car il est objet d’espérance, comme dit saint Paul aux Romains (8,24). Nous l’attendons pour nous-mêmes, nous l’attendons pour toute l’humanité.

La densité de silence du Samedi-Saint est faite de la réminiscence de la Passion du Christ, source de notre salut, et de l’attente dans l’espérance, dans la foi, avec la Vierge Marie, de la Résurrection du Seigneur qui nous entraîne avec lui dans sa victoire sur le péché et sur la mort.                             (16.02.1979)