Lettre aux oblats

 

Juillet  2018


Chères  Oblates,

Voici la suite de l’intervention de Joan Chittister au Congrès des Oblats bénédictins à Rome en  2017 :


Il n’y a pas uniquement les dons des vœux monastiques, mais le don commun des profès monastiques et des oblats engagés de poursuivre ensemble. Anciens, mais immédiats, ils sont dynamiques, se révèlent et nécessairement neufs aujourd’hui, comme ils l’étaient dans l’âme de Benoît de Nursie.

Le charisme doit alors être constamment redécouvert et constamment réexprimé. Le charisme est toujours mûr, mais toujours et encore en fleurs, toujours donné pour un temps et à des personnes, mais recommençant une nouvelle fois pour d’autres.
Le charisme est comme toute chose vivante. Il prend la forme de la graine, de la branche, de l’arbre, de la fleur et du fruit de la vie spirituelle. Il croît à travers les étapes de la vie, l’une après l’autre, et ensuite, à travers vous et moi, croît ä nouveau. Ici... Maintenant... Toujours ! Le charisme est le figuier qui refleurit chaque saison.

Séparément et seuls et ensemble, nous devons le rendre visible à nouveau et de nouvelles manières. Et ensemble, nous devons le rendre de nouveau audible, dans le nouveau langage d’une nouvelle ère. Et là est la gloire des oblatures qui se lèvent de nouveau selons l’Ésprit de St.Benoît,  d’un continent à l’autre, partout.

Les oblatures sont de nos jours souvent bien plus grandes que leurs monastères. Mais clairement, si l’Evangile est une preuve du pouvoir du saint compagnonnage, alors, les oblats ne sont pas censés simplement être des consommateurs de la tradition. Vous êtes aussi censés être des compagnons du monastère auquel vous êtes liés. Vous êtes également destinés à rayonner la tradition. En tant qu’individus, oui, mais de concert, en communauté, avec la communauté d’oblats, qui va de concert, en communauté, avec la communauté monastique elle-même.

Ce sont les oblatures grandissantes de petits monastères qui deviennent les tenta-cules de l’Esprit de la Règle, le rayonnement de l’esprit du monastère auquel ils sont liés. Vous devez être le « bénédictinisme » au sein du monde, une véritable masse critique d’une nouvelle vie et d’un nouvel espoir et de nouvelles expressions de l’esprit de la Règle de Benoît, de Jésus vivant en nous et de la voix de Dieu parmi nous.

Il y a des oblats partout, qui sont le charisme de leur ordre : ils prêchent pour la paix dans mon pays qui dépense plus d’argent à détruire qu’à développer.
Ils font la justice dans un monde, qui verse des salaires bien plus importants à leurs Directeurs Généraux qu’aux ouvriers, qui font de l’argent pour eux.
Ils sont miséricordieux dans un monde qui tue les meurtriers, afin de montrer que tuer ce n’est pas bien.
Ils demandent l’égalité pour les femmes mises de côté même dans les églises qui disent que leur modèle est Jésus. Et en même temps, elles sont ignorées par des systèmes sexistes séculiers qui les aspirent jusqu’à la moëlle en leur mettant un double fardeau sur le dos pour deux fois rien.

Les oblats eux-mêmes doivent devenir une nouvelle sorte de personnes au milieu du désordre, de la violence et de l’avidité, de l’oppression et du pouvoir : des personnes dont l’arme est la vérénédictin est destiné à survivre.

La quatrième question : que devons-nous faire ? est une question de mission et de signification.

Cela demande une nouvelle réponse des monastères bénédictins ainsi que des oblats eux-mêmes, si le charisme est vraiment bien l’important : les oblatures ont un objectif, ainsi qu’une place dans l’Eglise contemporaine qui est un cadeau fait à l’Eglise toute entière.

Tout d’abord, les oblatures doivent aussi modeler l’Eglise. Une Eglise qui est un Ministère, entièrement ouvert, entièrement renouvelé. L’Eglise est devenue au plus profond d’elle-même, avec le temps, trop masculine, trop cléricale, trop distante des brebis de Dieu. Quand les Profès d’une communauté bénédictine fusionnent leur vie et leur travail, leur sagesse spirituelle et leurs témoignages publics, leurs prises de décisions et la part la plus profonde de ce qui les préoccupe, avec les oblats qui les entourent, alors l’Eglise elle-même devient nouvelle, redevient entière.

Dans l’Esprit de Jésus, qui a marché avec des femmes, a parlé aux Samaritains et a contesté les gardiens de la synagogue, les oblatures ouvrent les portes qui nous ont séparés de nous-mêmes, au détriment de chacun d’entre nous. Les oblatures rendent l’intégration de la vie laïque à la vie canonique religieuse évidente, oui, mais ils font plus que cela. Ils démentent la notion qu’un état est supérieur à un autre. Ils montrent l’évidence de la sainteté inhérente à chacun. Ils montrent l’évidence que chacun d’entre nous est en chemin vers le même Dieu. La seule différence dans nos parcours est ceux que nous choisissons pour nous y rendre.
                                                     (à suivre)