Lettre aux oblats

 Mars 2020  

                        Chères  Oblates

Début Novembre 2019, Soeur Samuel OSB de Martigné-Briand, a animé la retraite des Oblates à Brou. Thème : La Règle de St. Benoît, chapitres 6 et 7

Avec cette lettre, nous vous présentons la 2ème causerie :

La Règle de St. Benoît chapître 6

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 GARDER LE SILENCE

1 Faisons ce que dit le Prophète : J'ai mis un frein à ma bouche. J'ai gardé le silence. Je me suis fait petit et je n'ai même pas parlé de choses bonnes » (Psaume 38, 2-3)

2 Voici ce que le Prophète veut montrer. Quelquefois nous devons éviter de parler, même pour dire des choses bonnes. Et cela, par amour du silence. Alors, nous devons encore plus éviter les paroles mauvaises, à cause de la punition que le péché entraîne.

3 Savoir garder le silence est très important. C'est pourquoi, même pour dire des paroles qui sont bonnes, des paroles saintes qui aident les autres, les disciples parfaits recevront rarement la permission de parler.

4 En effet, la Bible dit : « Tu n’évitera pas le péché en parlant beaucoup »             (Proverbes 10, 19).

5 Et ailleurs : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue »(Pr 18, 21).

6 D'ailleurs, c'est le maître qui parle et qui enseigne. Le disciple, lui, se tait et il écoute. Voilà ce qui convient à l'un et à l'autre.

7 C'est pourquoi, quand on a quelque chose à demander au supérieur, on doit le faire avec humilité et grand respect.

8 Les plaisanteries, les paroles inutiles et qu'on dit seulement pour faire rire les autres, nous les condamnons partout et pour toujours ! Et nous ne permettons pas au disciple d'ouvrir la bouche pour ces paroles-là !

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 De Taciturnite  -  De l’amour du silence

ou plutôt "de la retenue dans les paroles", ce qui est beaucoup plus important, telles que la modération et la discrétion dans les paroles. Ce n’est pas le silence sans mots.

Le besoin de recréer le silence vient de loin ; ainsi dans l’Égypte ancienne, déjà plusieurs siècles avant Jésus-Christ, certains allaient dans la solitude, dans les grottes du désert.Cette coutume s’enracine dans toute une tradition. On a trouvé des Papyrus anciens qui invitent les gens à la prière siencieuse qui part du fond du coeur.Ce besoin de silence a toujours habité l’humanité.

Aujourd’hui tous ont des écouteurs ! Nous vivons dans le bruit !

Même dans les autres religions, on recherche le silence. Avec les mystiques, les moines, nous sommes des combattants, des lutteurs.

Le silence, maîtrise de la parole, est un des  fondements de la vie monastique, de la vie spirituelle .

C’est quelque chose qui vient de l’intérieur : avant de parler, retenir sa langue. Même les choses bonnes ne sont pas forcément à rajouter.

La capacité de modérer sa parole, d’écouter sont le fruit d’une liberté intérieure et de paix.

Le discernement aide à éviter le péché.

L’importance n’est pas de ne rien dire, mais de savoir ce qu’il faut dire, quand et comment.

L’intérêt, c’est pour le bien de tous. Le silence permet de le vivre ensemble. Nous sommes toujours responsables de nos propos.

La Règle de Saint Benoît ne cherche pas à imposer le silence, mais à l’aimer.

                        Aimer le silence devient  un choix personnel.

La Règle est une directive spirituellle, une discipline communautaire, sans en faire un absolu, c’est plutôt une éducation de la parole. Elle permet d’éviter le péché et de pratiquer l’humilité.

(cf également RB ch. 7 sur l’humilité)   «être content de tout !»

Le silence permet de se connecter à Dieu et d’y rester connecté.

On rend Dieu présent, on n’est jamais seul, on a toujours Dieu avec soi. L’oraison, la prière personnelle, l’Office . . . nourrissent  le silence.

Nous sommes des priants dans ce monde bruyant d’aujourd’hui.

Ce qui compte, c’est la pratique effective du silence, de la retenue, du silence plein, connecté à Dieu, car il existe de mauvais silences (bouderie, fermeture ou repli sur soi . . .) Ce n’est pas une fuite, mais c’est se mettre à l‘écart, libérés des tracas du monde, tels les cénobites égyptiens, les Pères du Désert .

Un apophtégme dit : «Quand il arrive à un frêre de s’endormir pendant la prière, ne le réveille pas. Mais mets-lui un coussin sous sa tête et laisse-le dormir tranquillement !»

Au monastère, l’atmosphère de silence nous entraîne.

Pour Cassien, il existe une relation entre la prière et le silence : la maîtrise est un chemin vers la prière, une discipline effective ayant une fécondité spirituelle.

Il faut reconnaître dans le silence des marques d’humilité, donc, de charité.

Il faut toujours aider les gens à parler, mais celui qui répond avant d’écouter, c’est une honte. Parle si tu es interrogé !

Le silence permet la relation en toute chose, nous met en lien avec le cosmos, la nature... (cf : "Notre mère la terre", du Pape François : savoir parler à une fleur, un arbre . . .)

Notre époque est bruyante, violente dans ses discours et certaines personnes ne supportent pas le silence.

Il est possible de se ré-apprivoiser. Le silence est à cultiver petit à petit (cf l’expérience de "La Poustinia" terme orthodoxe : cabane pour se «poser») Retrait avec la prière de Jésus.

«Il faut replier les ailes de l’intelligence pour se laisser prendre par Dieu», faire le vide pour se laisser prendre par Dieu. Ainsi ce vide devient plein de Dieu ; c’est la signification du "désert". «La Poustinia» est d’abord à l’intérieur du cœur.

Le silence est la maîtrise de la pensée...de la langue. Dans le silence, on peut écrire. Le silence est respect. Plus exactement respect des autres et de soi, que respect d’une règle.

Le silence permet notre pélérinage sur terre !

Cf :Lettre de saint Jacques : Jc 3, 1-12 : contre l’intempérance du langage. 

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Lettre de saint Jacques Apôtre

1 Mes frères, ne soyez pas nombreux à devenir des maîtres : comme vous le savez, nous qui enseignons, nous serons jugés plus sévèrement.

2 Tous, en effet, nous commettons des écarts, et souvent. Si quelqu’un ne commet pas d’écart quand il parle, c’est un homme parfait, capable de maîtriser son corps tout entier.

3 En mettant un frein dans la bouche des chevaux pour qu’ils nous obéissent, nous dirigeons leur corps tout entier.

4 Voyez aussi les navires : quelles que soient leur taille et la force des vents qui les poussent, ils sont dirigés par un tout petit gouvernail au gré de l’impulsion donnée par le pilote.

5 De même, notre langue est une petite partie de notre corps et elle peut se vanter de faire de grandes choses. Voyez encore : un tout petit feu peut embraser une très grande forêt.

6 La langue aussi est un feu ; monde d’injustice, cette langue tient sa place parmi nos membres ; c’est elle qui contamine le corps tout entier, elle enflamme le cours de notre existence, étant ellemême enflammée par la géhenne.

7 Toute espèce de bêtes sauvages et d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins peut être domptée et, de fait, toutes furent domptées par l’espèce humaine ;

8 mais la langue, personne ne peut la dompter : elle est un fléau, toujours en mouvement, remplie d’un venin mortel.

9 Elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père, elle nous sert aussi à maudire les hommes, qui sont créés à l’image de Dieu.

10 De la même bouche sortent bénédiction et malédiction. Mes frères, il ne faut pas qu’il en soit ainsi.

11 Une source fait-elle jaillir par le même orifice de l’eau douce et de l’eau amère ?

12 Mes frères, un figuier peut-il donner des olives ? Une vigne peut-elle donner des figues ? Une source d’eau salée ne peut pas davantage donner de l’eau douce.

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Nouvelle :

        Le 5 février 2020,Sr. Michiko du Monastère Regia Pacis,Japon a rejoint le Seigneur. Elle avait 82 ans et 55 ans de Profession. Prions pour elle !