Lettre aux oblats

 

Avril  2018


Chères Sœurs et Frères
Voici la suite de l’intervention de Joan Chittister, o.s.b.  au Congrès International   des Oblats Bénédictins à Rome en 2017.
    
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La seconde histoire vient de « The Tales of the Hasidim » :

Un chercheur de spiritualité faisait des kilomètres chaque semaine afin d’apprendre du Saint qui vivait de l’autre côté de la montagne.

  « Que prêche le Saint ? » lui demandèrent des amis. « Qu’est-ce qui expliquerait pourquoi               tu voyages autant et de manière si pénible si souvent ? ».
  « Prêcher ? Pourquoi ? Le Saint ne prêche jamais rien du tout » dit le chercheur.
  «Eh bien alors, quels rituels exécutés par le Saint sont si importants pour ton âme? »       demandèrent les amis.
    Et le chercheur répondit : « Le Saint n’exécute aucun rituel ou quoi que ce soit d’autre ».
    Les amis insistèrent : « Quelles potions reçois-tu, qui semble te rendre la vie plus sainte ?
    Et le chercheur répondit : « Il ne me donne aucune potion que ce soit ».
   « Mais si le Saint ne prêche pas, si le Saint ne fait pas de rituels et si le Saint
    ne te remet  pas de potions, pourquoi vas-tu là-bas ? »
    Et le chercheur dit : « Pour regarder le Saint construire le feu ».

Ce chercheur sait ce que chaque véritable chercheur spirituel sait : Il existe des vérités spirituelles que nous ne comprenons qu’en les voyant chez quelqu’un d’autre, uniquement en faisant ce que d’autres ont fait en empruntant un chemin qu’ils ont déjà emprunté et dont ils connaissent la valeur. C’est ce qui nous lie à la sainte tradition qui nous garde sur le chemin.


Et pour terminer, les Maîtres Zen racontent l’histoire du moine Tetsugen, dont le but dans la vie était d’imprimer 7000 copies des Soûtras de Bouddha en japonais sur des tablettes de bois, qui n’étaient jusqu’alors uniquement disponibles qu’en  chinois. C’était un travail incroyable.

Tetsugen a traversé le Japon en long et en large afin de récolter des fonds pour ce projet. Mais après de longues années à mendier, alors qu’il venait de récolter la dernière pièce, la rivière Uji déborda et des milliers de personnes se retrouvèrent sans toit. Tetsugen dépensa alors tout l’argent qu’il avait récolté pour les écritures en japonais afin d’aider les sans-abris et recommença à récolter de l’argent.

Mais l’année même où il réussit à récolter les fonds pour la seconde fois, une épidémie s’abattis sur le pays. Cette fois, Tetsugen donna l’argent afin d’aider les souffrants.

Finalement, une fois de plus, il se mit en route pour une nouvelle quête de fonds et,
20 années plus tard, pièce par pièce, il récolta suffisamment d’argent afin de réaliser son rêve : les écritures pourront finalement être imprimées en japonais.
De nos jours, ces impressions de la première édition des Soûtras bouddhistes en japonais sur des tablettes en bois sont exposées au monastère Obaku à Kyoto. Mais les Japonais racontent à leurs enfants que Tetsugen a en fait produire trois éditions des Soûtras et que les deux premières éditions, « prendre soin des sans-abris » et « le confort des souffrants », sont invisibles, mais bien plus importants que la troisième édition.
Les Maîtres Zen savent très bien ce que nous savons : témoigner -pas des paroles- est la mesure de la spiritualité à laquelle nous prétendons. Ce que nous faisons, grâce à ce en quoi nous disons croire, est la réelle marque d’une véritable spiritualité.
Du Maître du désert qui écoute le profane, au chercheur qui reconnaît le caractère sacré de la vie dans les actes de foi du Saint dans sa vie de tous les jours, à Tetsugen qui savait qu’aucun ouvrage  de traitant de spiritualité ne pouvait égaler un acte spirituel, le lien entre un profond développement spirituel et une vie spirituelle inspirante a été constant.
Les Anciens sont sans équivoque : Il existe un lien commun entre les porteurs de grandes traditions spirituelles et les chercheurs de vie spirituelle à toute époque. L’un éclaire l’autre, l’un dynamise l’autre, l’un donne du pouvoir l’autre.
Bien sûr, la tradition éclaire les temps, mais des chercheurs redynamisent une tradition, également.
Une remarque : les moniales bénédictines et les oblats engagés ont besoin les uns des autres.  
Les questions sont simples :
Pourquoi existez-vous en tant qu’oblat ?
D’où venez-vous ?
Qui êtes-vous dans cette grande histoire bénédictine ?
Que devez-vous faire pour que le charisme prenne son essort ?     (à suivre)



Il est vivant !     Alleluia !




Bon Temps pascal
dans la joie du
Ressuscité !