Lettre aux oblats

            Avril 2019


   Chères  Oblates,

Avec cette lettre, nous commençons à lire la conférence donnée par
        Mère Marie-Madeleine, Prieure du Monastère de Vanves,  
à la dernière réunion du SOB, en juin 2018 à Citeaux, sur le thème :


   Communeauté bénédictine et oblats en route ensemble

Un grand merci pour votre invitation à me faire travailler ! En fait, c’est peut-être bien de se mettre en
route ensemble, que de constater que cette rencontre du jour m’a mise au travail et m’a bien nourrie.

Double merci donc pour cette rencontre de ce matin, que je désire mettre dans le prolongement du
4ème Congrès international de Rome en 2017. J’ai reçu l’enseignement de Sr Chittister comme un
témoin à faire courir pour qu’il vous soit profitable ! Je n’ai pas l’expérience, les compétences de
Sr.Chitttister que j’admirais étant Novice. Elle m’a donné de l’espérance par son livre :  
«  La braise sous les  cendres », espérance qui a fait son chemin et dont je rendrai simplement compte ce matin !

J’ai donc reçu ce témoin à quatre faces, les quatre questions laissées ouvertes :
D’où venez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Que devez-vous faire ?
Alors pourquoi existez-vous ?

Je ne sais comment vous avez donné réponses ouvertes à ces questions, comment ces questions
vous ont fait cheminer avec votre monastère d’oblature, comment ensemble vous avez réellement
commencé de répondre à ces questions. Je vous renvoie donc à ces questions, avec l’appel vibrant
qui terminait l’exposé : « Puissions-nous, vous, moi, nos monastères et nos oblatures à travers le
monde, nous accompagner les uns les autres, écouter la sagesse de chacun, alors, devenir une encore plus forte part de la tradition, chacun d’entre nous, que nous ne pourrions jamais devenir
individuellement. »

Devenir ensemble une part plus forte de la tradition !
Quelle mission bien audacieuse que l’Esprit a soufflée là! Alors j’ai entendu cet appel et j’apporte maintenant une part qui ne se veut pas individuelle, mais unique !
Différence importante, car je ne parle que de ce que je connais et d’où je suis, c’est unique :
La communauté de Vanves où je suis prieure, est mon lieu de vie, que je quitte assez régulièrement, sans doute trop pour mes sœurs et les oblats, parce que je suis présidente de notre Congrégation, et conseillère de la Congrégation des BSCM depuis 2013.

Je parle de ce lieu unique encore d’une communauté qui a une oblature originale :
La part importante est au ciel, et l’oblature invisible, (comme on parle de monastère invisible) qui sont les oblates par courrier ou tél, trop âgées pour se déplacer, celles dont on apprend l’existence quand elles décèdent...
la part visible, sorte de racine aujourd’hui, le petit groupe d’oblats et d’oblates qui se réunit une fois par mois et qui a aussi un visage propre : ceux engagés par l’oblature dans notre monastère, ceux engagés ailleurs et qui viennent pour nourrir leur engagement, ceux non engagés mais qui aiment se retrouver pour  cheminer  ensemble...
Chacun marche à son pas et quand nous passons une journée ensemble, nous
marchons ensemble !
Ce n’est pas un modèle à suivre, nous n’avons pas à faire école, mais je suis là pour vous partager notre expérience et essayer d’en tirer quelques lignes de force, peut-être des questions... pour remettre le témoin, je ne sais s’il aura encore quatre faces, peut-être l’aurons-nous poli, raboté, écorné ?!


Point de départ : La prière du Notre Père
Je me lance donc en partant d’une expérience forte qui me fait vivre depuis sept ans et que ma
communauté partage. Comment la Prière de Jésus est-elle notre roc ? Nous avons à vivre sa prière et ce sera mon point de départ.

    Donc ce point de départ, c’est une question : pourquoi le Notre Père ? Pourquoi partir du
Notre Père et faire du Notre Père, j’allais dire, un sillon théologique ? Il y a eu une question du
diocèse qui est venue un jour me demandant d’animer la journée diocésaine des prêtres  le jour de la
messe chrismale. A la messe chrismale, l’évêque rassemble ses prêtres et il y a une journée
d’enseignement et, on m’a demandé, pour l’année de la vie consacrée, de faire l’enseignement
auprès des prêtres du diocèse de Nanterre sur la question : « la vie consacrée a-t-elle un avenir en
France ? » J’ai bien réfléchi, prié, tremblé aussi en me demandant si je pouvais. Le diocèse de
Nanterre est quand même un diocèse qui a cent cinquante prêtres et quatre-vingt diacres. En fait,
trois évêques étaient là. Bon... on tremble !

    Or, un matin, une évidence est venue me bouleverser, à Laudes en chantant le Notre Père : la
prière du Notre Père m’a semblé être la réponse à la question. C’est vrai que si l’Église est église,
c’est-à-dire, à la fois catécuménale et mystagogique, alors il y a toujours lieu, un lieu, pour garder le Notre Père, pour le restituer, mieux : le vivre.
Alors, je me suis dit comment renvoyer à l’assemblée, comment l’Église de France est-elle aujourd’hui catécuménale et mystagogique ? C’est-à-dire comment porte-t-elle la bonne nouvelle de la Résurrection comme Marie-Madeleine ? Comment l’annonce-t-elle ? Telle fut ma question venant justement de notre vie de baptisées, de ressuscitées, de consacrées. Vivons-nous la prière du Christ comme notre unique nécessaire ? Alors ceux qui viennent faire oblation chez nous, le perçoivent-ils ? Le vivent-ils là où ils sont, eux aussi, et comment?

    C’est la pratique de la Règle qui m’a guidée, la récitation du Notre Père, la prière du Notre Père qui dit Dieu. Alors j’avoue que tous les matins, je tremble. Tous les matins, la tradition de Vanves, c’est que la Prieure chante seule le Notre Père - comme dit Benoit dans la règle au chapitre 13 - l’abbé chante seul la prière du Notre Père. On va prendre le chapitre 13 de la règle, que vous connaissez, je suppose, mais relisons ce chapitre ensemble pour notre marche du jour ensemble : c’est déjà à retenir : comment lisons-nous ensemble la Règle ? Que lisons-nous ensemble ? Comment avons-nous une interprétation commune ? Quels moyens sont à notre disposition ?


    
    
    
    Nous vous souhaitons
    une bonne continuation de Carême

    et une  Fête de Pâques
    pleine de joies !