Lettre aux oblats

Juin 2020  


         Chères  Oblates


  L’obéissance dans la Règle et dans ma vie.

Comme une suite à votre retraite sur la RB, me voici pour vous partager quelques
réflexions et témoignages.

St Benoît, il me semble présente deux types d’obéissances. L’obéissance qui nous fait obéir au Seigneur, et celle qui nous fait imiter le Seigneur.
L’obéissance,  à mon avis fait partie des choses dures et désagréables de la vie monastique. Il faut avoir de bonnes raisons pour s’y soumettre. St Benoît dit : ‘étroite est la voie qui mène à la vie’ RB 5,11 citant Mt 7,14. Il faut d’abord reconnaitre qu’on ne sait pas tout, qu’on a besoin d’aide sur ce chemin de vie avec Dieu. Je me souviens de mes réticences au noviciat, au début de ma vie monastique. Pourquoi  me faudrait-il obéir ? Est-ce que ce n’est pas moi qui sais le mieux me gérer moi-même ? Pourquoi faut-il que ma supérieure me dise à quelle heure me lever le matin, ou pire à quelle heure je suis autorisée à parler ? Le silence parlons-en. Je n’y avais pas été en quelque sorte forcée ou du moins très fortement incitée, je n’y aurais jamais goûté, je n’aurais jamais découvert les fruits de paix, d’attention à Dieu, de joie qu’il offre car à moi toute seule j’aurais renoncé avant d’avoir traversé l’ennui et le sentiment de solitude auquel je me suis heurtée au début. Oui, par l’obéissance à laquelle j’ai accepté de me soumettre j’ai beaucoup découvert, j’ai pris de bonnes habitudes pour aller vers Dieu. Je me suis aussi inscrite dans toute une lignée de chercheurs de Dieu.  
‘Qui vous écoute m’écoute’ dit St Benoît aux supérieurs dans sa règle en citant Luc 16,10. La voix de Dieu me parvient à travers celle de ma supérieure. Serais-je sourde pour ne pas savoir entendre la voix de Dieu directement ? Oui et non, j’ai besoin d’une traductrice, pas seulement pour passer de l’hébreu au français quand je lis la Bible, mais pour entrer en dialogue avec Dieu au sujet des moindres détails qui tissent mon quotidien. J’ai choisi de reconnaître la voix de Dieu dans celle de ma prieure, d’écouter et de faire ce que Dieu me demande, c’est-à-dire d’obéir.

Mais alors me direz-vous pourquoi avoir continué sur ce chemin d’obéissance une fois la formation initiale terminée ? Simple désir de formation continue ? Non, les choses vont au-delà, je voulais non seulement continuer le dialogue mais partager plus pleinement la vie de Dieu, son projet sur l’humanité. St Benoît parle alors d’imiter le Christ, lui qui a dit ‘Je ne suis pas venu faire ma volonté mais la volonté de celui qui m’a envoyé’ RB 5,13 citant Jn 6,38. Au noviciat, encore, je ne comprenais pas pourquoi il fallait que je renonce à ce que St Benoît appelle la volonté propre. Pourquoi ma volonté serait-elle moins bonne que celle de ma supérieure ? La volonté du Christ était forcément bonne, puisqu’il n’a pas connu le péché, il voulait simplement vivre et éviter de souffrir, comme chacun de nous. Et pourtant il y a renoncé au profit de celle de son Père dont le but était de sauver les hommes égarés. L’obéissance est une sorte de mort pour chacun d’entre nous, c’est dur, et cela nous est demandé plus d’une fois dans notre vie... Mais imiter le Christ nous fait entrer dans le grand projet d’amour du Père pour le genre humain. Nous unir à sa passion, par l’obéissance, nous met au cœur de la Rédemption, au cœur du grand courant de  vie trinitaire et de son accueil de l’humanité.
Je pense aussi à cette obéissance toute particulière que nous pratiquons dans notre communauté qui est l’acceptation de notre état de santé déficient par amour du Christ. Cette acceptation est très bénédictine car elle est ancrée dans le réel, le concret. C’est la deuxième raison pour laquelle j’ai accepté de continuer dans la vie monastique et sur le chemin de l’obéissance : je voulais que toute ma vie, y compris dans ses contingences les plus infimes ou les moins agréables soient un chemin avec Dieu. Et je ne voulais pas réduire pour autant ma vie, en supprimer des pans que j’imaginais peu dignes de Dieu. Alors s’ouvrait devant moi le chemin de l’obéissance au réel. C’est une obéissance qui peut se vivre sans supérieure, mais qu’il est bon de relire en accompagnement spirituel. Cette obéissance qui nous amènera à tout prendre en gré (Règle de Vie...) n’est pas le signe d’un caractère heureux ou faible, mais un choix qui demande lui aussi un combat, une capacité à passer sous la vague et à ne pas se mettre au centre... Une acceptation qui nous unit aussi au projet rédempteur disait notre fondatrice ‘Jésus Christ s’est choisi quelques-uns de ses membres souffrants et il les a élevés à la dignité de témoins privilégiés : nous sommes là pour prouver par la paix, l’effacement, la joie de nos vies que la Croix est toujours l’unique espoir.’
Voilà, il nous reste la dernière citation scripturaire du chapitre 5 à examiner : ‘Dieu aime celui qui donne avec joie’ 5,16 citant 2 Co 9,7. Si l’itinéraire décrit ici semble bien austère la joie est loin d’en être absente ! Quand on donne quelque chose, on peut certes regarder la perte que cela représente pour nous, mais on préfère souvent s’attacher au plaisir de celui qui reçoit. La joie est le sentiment de celui qui n’est plus centré sur lui-même, celui qui vit l’amour. Alors il me reste à vous souhaiter beaucoup de joie dans votre vie, toute entière vécue dans l’amour de Dieu.

                                Une Soeur du Monastère St. Joseph de Brou


Prière de confiance

Thomas Merton
Seigneur mon Dieu,
je ne sais pas où je vais,
je ne vois pas la route devant moi,
je ne peux pas prévoir avec certitude où elle aboutira.
Je ne me connais pas vraiment moi-même
et, si je crois sincèrement suivre ta volonté,
cela ne veut pas dire qu’en fait je m’y conforme.
Je crois cependant que mon désir de te plaire, te plaît.
J’espère avoir ce désir au cœur en tout ce que je fais,
et ne jamais rien faire à l’avenir sans ce désir.
En agissant ainsi                            
je sais que tu me conduiras sur la bonne route,
même si je ne me connais pas moi-même.
Je te ferai donc toujours confiance,
même quand j’aurai l’impression que je me suis perdu
et que je marche à l’ombre de la mort.
Je n’aurai nulle crainte car tu es toujours avec moi
et jamais tu ne me laisseras seul dans le péril.            AMEN   -   ALLELUIA !