Réfléchir

Des textes pour approfondir notre foi …

 

Au centre : le Christ ! Il se relève.

Il danse de joie.

Il rayonne.

 

Par lui, à travers ses bras étendus - récemment sur la croix, maintenant en geste d’accueil - passe la Bénédiction créatrice et vivifiante du Père, transformant l’instrument de supplice, la croix, en arbre de vie aux bourgeons démesurés, prégnants d’espoir et de vie nouvelle.

 

Le serpent terrifiant et mortifère du Paradis a été changé en serpent de bronze (cf Nb 21 ; Jn 3,14) qui guérit tous ceux qui le regardent.

 

Le sol est imprégné du sang de l’homme-Dieu donnant sa vie par amour, pour nous tous – le sang qui est sève de vie et qui en même temps signifie le feu de l’Esprit.

 

Les eaux menaçantes des forces du mal ont dû se retirer devant ce nouveau monde en train de naître, en travail, toujours et toujours, jusqu’à la fin de ce monde et la naissance du Règne de Dieu.

 

 

Union de Jésus Crucifié

Mai -Juin

Chers Amis,

Bientôt, le Temps Pascal s’achèvera et nous recommencerons le Temps qui s’appelle ‘Ordinaire’. Cependant, si nous regardons le calendrier liturgique qui nous donne  les messes de toute l’année,  où même dans nos agendas, nous constatons que, au moins pendant  le mois de juin, il n’y a rien d’ordinaire – au sens habituel de ce mot – au début de ce Temps ! En fait, le Temps Ordinaire commence après le Temps de Noël mais, après quelques semaines, il y a trois mois pour le Carême et le Temps Pascal.

Le dimanche après la Pentecôte, le 16 juin cette année, nous célébrerons la Sainte Trinité, puis le 24, ce sera la Nativité de Saint Jean Baptiste. Très vite après cela vient le Sacré-Cœur de Jésus, le 28 juin, et le 29, il y a Saint Pierre et Saint Paul. Toutes ces grandes fêtes sont des Solennités comme vous savez.

Pour la Solennité du Sacré-Cœur  nous lisons dans nos missels ce qui suit : « Il n’y a pas de plus grand amour, dit Jésus, que de
donner sa vie pour ses amis ». Aussi les premières générations chrétiennes ont-elles beaucoup médité sur la parabole du berger qui donne sa vie pour ses brebis. En se présentant comme le bon Pasteur, Jésus avait voulu révéler à la foule qui l’écoutait « les pensées du cœur de Dieu », son dessein de miséricorde. Un  jour viendrait où une autre image frapperait davantage encore les esprits, celle du côté ouvert de Jésus en croix : expression du plus haut amour, le côté transpercé de Jésus, d’où jaillirent l’eau et le sang, est aussi le signe de la fécondité de son sacrifice, car il est  la source d’où sont nés les sacrements de l’Eglise. Au cours des derniers siècles, par-delà le côté ouvert, c’est au Cœur de Jésus lui-même que devait s’attacher la contemplation des chrétiens, comme au symbole « des merveilles de l’amour de Dieu pour nous ».

En contemplant le Cœur du Christ, les uns peuvent entendre avant tout un appel à la réparation pour les péchés des hommes. D’autres viendront « puiser la joie aux sources vives du salut ». D’autres enfin, les yeux « fixés sur Jésus », se laisseront instruire par lui pour apprendre à le « reconnaître dans leurs frères ».

Cette année, Année C, l’Eglise nous donne pour la fête, l’Evangile de la parabole du bon berger. Voici une homélie de Saint Ambroise pour cette fête

* * * * * * *

Viens chercher la brebis perdue
    

  Le Seigneur Jésus lui-même, dans son Evangile, a déclaré que le berger avait abandonné quatre-vingt-dix-neuf brebis pour chercher la seule  qui se soit perdue. La brebis dont on signale le vagabondage est donc la centième. La perfection et la plénitude signifiée par ce chiffre est instructive. Ce n’est pas sans raison que cette brebis est préférée aux autres, parce qu’il est plus difficile de se détourner du vice que de l’avoir presque entièrement ignoré. En effet, quand des âmes sont imprégnées par des vices, leur guérison, leur délivrance de la tyrannie des convoitises, exige non seulement une vertu accomplie, mais encore une grâce céleste. Se corriger dans l’avenir demande une vigilance humaine, mais pardonner les péchés passés est réservé à la puissance divine.
     Quand le berger a enfin trouvé sa brebis, il la prend sur ses épaules. Vous reconnaissez là le mystère : comment la brebis épuisée retrouve ses forces. La nature humaine, quand elle est épuisée, ne peut se rétablir que par le sacrement de la passion du Seigneur et du sang de Jésus Christ, car l’insigne du pouvoir est sur ses épaules (Isaïe 9,6). C’est sur la croix, en effet, qu’il a porté nos faiblesses, afin d’y anéantir tous nos pêchés. Les anges ont raison de se réjouir, parce que celui qui s’était égaré désormais ne s’égare plus, il a oublié maintenant son égarement.
     Je m’égare, brebis perdue : viens chercher ton serviteur. Je n’oublie pas tes volontés  (Ps.118, 176)… Viens chercher ton serviteur, parce que le berger doit rechercher la brebis égarée pour la préserver de la mort. Celui qui s’est égaré peut être ramené sur la route.
     Viens, berger, à la recherche de tes brebis, comme Joseph. Ta brebis s’est égarée, pendant que tu tardais en demeurant dans la montagne. Laisse là les quatre-vingt-dix-neuf brebis et va chercher la seule qui se soit égarée. Viens, non avec le bâton, mais avec charité, et dans un esprit de douceur.
     Cherche-moi, parce que je te recherche. Cherche-moi, accueille-moi, porte-moi. Viens donc, Seigneur, car, si je me suis égaré, cependant je n’oublie pas tes volontés, je garde l’espérance de guérir. Viens, Seigneur, parce que tu es le seul qui puisse ramener la brebis errante. Et ceux que tu abandonneras ne seront pas attristés, car eux aussi se réjouiront de voir le retour des pécheurs. Viens, pour apporter sur la terre le salut, et dans le ciel la joie… Accueille-moi, dans cette chair qui est tombée en la personne d’Adam. Accueille-moi comme un fils, non de Sara, mais de Marie, la vierge très pure, la vierge préservée par la grâce de toute souillure du péché. Porte-moi sur la croix salutaire aux égarés, seule capable de rendre des forces à ceux qui sont fatigués, et qui seule donne la vie à ceux qui meurent.

                                                      Homélie de Saint Ambroise  (+497)
__________ _______________________________

Votre prière est demandée pour :
Notre chère Sœur Marie-Camille qui nous a quittés le 10 avril 2019 ici au Monastère Saint Joseph à l’âge de 98 ans et dans la 75ième année  de sa Profession. Elle était la nièce de notre Père Fondateur.

Et pour Sœur Anita Isidore, qui est décédée à l’âge de 81 ans, un membre de la Communauté de la Croix Glorieuse en Amérique mais dans une Maison de Retraite

 

Lettre aux oblats

Juin 2019


   Chères  Oblates,

Nous continuons notre lecture  de la conférence donnée par
        Mère Marie-Madeleine, Prieure du Monastère de Vanves,  
à la dernière réunion du SOB, en juin 2018 à Citeaux, sur le thème :

Le  Notre Père           
                                          ( le style parlé est gardé)
                                           


Notre Père !   2 ème  suite

Pour entrer dans le nom du Père, ce Père qui est notre Père, écoutons ce que dit saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » et que vit le Christ en nous,  si ce n’est justement la paternité de Dieu. C’est inouï chez les Pères de l’Église, comment le Christ est représenté comm Père. C’est incroyable, ce prologue de la Règle : le Christ est présenté comme Père. Et l’Abbé, représentant le Christ est Père, pour nous apprendre à être ensemble frères, sœurs, et à marcher pour devenir membres de ce corps qui fait un en Dieu.

Alors, il serait bon de lire ou relire quelques extraits du Prologue et du théma, de la Règle du Maître, je vous conseille de le faire. C’est très beau la présentation de la règle, le prologue dans la Règle du Maître. Il faut l’avoir lu pour lire le Prologue parce que Benoit va prendre des mots, pratiquement des versets entiers de la Règle du Maître qu’il met ensemble, ce qui donne autre chose, et quand on lit le commentaire dans le Maître, on a quelque chose qui s’ouvre, un chemin nouveau, pour aujourd’hui.

Je lis le premier paragraphe de la Règle du Maître. Il parle à l’homme, de l’homme puis il s’adresse en commentant le « Notre Père » aux frères…

Il y a des choses que l’on entend du prologue de la Règle, mais Benoît a mis d’autres choses avant de parler de la mort. C’est intéressant. Alors, le Notre Père de la Règle : « Notre Père qui es aux cieux » voilà ce que dit le Maître : « Voyez donc frères... ». Saint Benoît a sauté le démarrage,  car ce n’est pas ce qu’il y a d’important pour lui. Il va passer, il va sauter tout le commentaire du Notre Père et à la suite du commentaire, il dit : « Et après nous avoir rendus... ». Nous sommes invités à la grâce de l’adoption filiale, il ne cesse de nous inviter au Royaume des Cieux. Voilà, ce à quoi nous invite la Règle. La grâce de l’adoption nous est donnée, maintenant il faut aller au Royaume des Cieux et la Règle nous donne le chemin, les outils, un cadre avec le monastère et l’abbé. Nous avons à apprendre à vivre en frères, en sœurs, en frères et sœurs du Christ – frère !

La conséquence de dire « Notre Père » c’est qu’on va désirer être frères, sœurs pour honorer Dieu
qui veut nous avoir pour fils. L’essentiel est d’entendre, que pour être vraiment fils, il faut
ressembler à son père, non seulement par le visage, mais aussi par la manière de vivre. Donc, et
disant « Notre Père », nous allons avoir une manière de vivre qui va s’accorder peu à peu au Père qui nous est montré dans le Christ. Osons aller jusque-là, dans nos monastères, dans notre vie
personnelle. Osons aller jusque-là. Osons nous interpeler sur notre manière de vivre ce que nous
prions : la filiation divine et sa conséquence, la fraternité universelle.


Notre vie naît de Dieu, de l’écoute de la Parole pour que nous soyons à la ressemblance du Fils, lui-même icône du Père, nous sentons bien que « nous ne serons sœurs, frères que si nous devenons mères, pères ; nous ne serons vraiment sœurs, frères que si nous devenons plus mères, plus pères » parce que le Christ nous apprend cette paternité, cette maternité en nous apprenant à vivre en frères et sœurs, en tirant notre source de Dieu. Donc, il faut que nous écoutions cette grâce de l’adoption filiale, que nous la recevions. Et comment sommes-nous effectivement ce laboratoire, ces laboratoires d’écoute, et en même temps, ces paraboles d’adoptions filiales, pour revenir ensemble au Père dans le monastère pour ceux qui y vivent et en-dehors pour ceux qui n’y vivent pas, mais attelés tous au même labeur ? Je n’ai pas de recette, l’exhortation du Pape me parle quand il parle de « la sainteté de la porte-d ’à côté » !

« . J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. C’est cela, souvent, la sainteté ‘‘de la porte d’à côté’’, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, ‘‘la classe moyenne de la sainteté’’ ».

En fait, nous avons un véritable exode à vivre. Cette sortie de nous-mêmes, pour écouter, et pour nous engendrer à la vie de Dieu. Si nous avons reçu l’adoption filiale, c’est pour être engendrés et pour que nous participions à cet engendrement. Là, nous tirerons la force de la transmission et de la communion.
Je lisais une revue des Études (2015) un article sur l’impossible transmission, il y a un philosophe allemand qui a écrit tout un livre sur « l’impossible transmission ». Je crois que non, elle est possible,  mais il faut qu’on aille chercher à la source, la source de la transmission : c’est de nous recevoir enfants de Dieu, de nous recevoir dans cette capacité d’engendrer et ça s’apprend. Benoît nous l’apprend au chapitre 58 de la Règle, relisons ce chapitre 58.

Donc, le chapitre 58 de la Règle : l’accueil du frère. Le frère est accueilli comme un nouveau-né. La
prière du « Suscipe » pour la profession nous fait dire « Ramasse-moi » oui, nous sommes ramassés à terre et portés aux Cieux et donc ce ramassage des pauvres, il est engendrant. Nous nous engendrons. Le chapitre 58 de la Règle nous dit bien par ce « Suscipe me », que nous devenons disciples pour transmettre à d’autres cette vie. C’est la communauté qui engendre. Et le Père, la Mère de la communauté va être là en sage-femme. Je crois que si nous sommes dans cette dynamique d’engendrement, de transmission de la vie, nous sommes les uns pour les autres pères, mères, frères, sœurs capables de prier en vérité « Notre Père ». Rappelons-nous : Elisabeth est vieille, elle va engendrer. Nos communautés qui peuvent paraître vieilles, pourquoi n’auraient-elles pas ou plus cette capacité d’engendrement ? Dieu ne serait-il donc pas fidèle dans cette dynamique d’engendrement ?

Dom Lepori dit encore : « Devant l’homme fermé sur soi-même, levons-nous le regard du cœur, de la prière, de la foi, vers le Père bon et miséricordieux. Sommes-nous des fils et des filles mendiants et confiants que lui nous écoute toujours, nous exauce toujours, même si nous lui demandions la résurrection d’un mort ? Dans cette prière, cette confiance au Père, rejoignons-nous ce « souffle », le gémissement de l’Esprit qui, uni à la parole de Jésus, a le pouvoir divin d’ouvrir les cœurs, l’esprit, laie de chaque homme à l’amitié avec Dieu et avec tous ? » La foi fait de nous des instruments, car seul Dieu peut ressusciter une vie, et raviver un charisme, une grâce divine. Demandons au Seigneur, ensemble qu’il augmente notre foi de mini-croyants ! Vous savez, vous devez prier pour que la foi des moines et des moniales ne succombe pas, comme Jésus a prié pour celle de Pierre : « Satan vous a réclamé pour vous passer au crible, j’ai prié pour que ta foi ne défaille pas. »        (à suivre)


Prions pour notre Oblate, Mme Marie-Madeleine Jorel, décédée à l’âge de 89 ans,  
dans la maison de retraite à  60 240 – Chaumont-en-Vexin.  Elle était Oblate depuis 1955.
 

 

Mai 2019

Chères  Oblates,

 

Nous continuons notre lecture  de la conférence donnée par

        Mère Marie-Madeleine, Prieure du Monastère de Vanves, 

à la dernière réunion du SOB, en juin 2018 à Citeaux, sur le thème :

Conférence de Mère Marie-Madeleine sur le « Notre Père » : 1ère suite

 

Lecture du chapitre de la Règle de St. Benoît, chapitre 13 versets 12-14

 

«12 / On n’achèvera jamais la célébration des Laudes ou des Vêpres sans que le Supérieur ne dise intégralement, à la fin, l’oraison dominicale. Tous l’écouteront, à cause des épines, c’est à dire des animosités qui se fomentent d’ordinaire

13 / et pour que la promesse qu’ils font dans cette prière en disant : Pardonne-nous nos offenses comme nous les pardonnons, les frères s’engagent à se purifier de ce genre de vice.

14 / Aux autres Heures, par contre, on ne dira que la dernière partie de cette oraison, de sortes que tous répondent : Mais délivres-nous du mal. »

 

Il me semble que l’on peut inscrire notre réponse monastique dans cette prière du Notre Père. Et il faut bien nous approprier ces versets qui me font vraiment frémir et trembler. À tel point, que j’ai peur d’oublier un mot, alors je ne chante jamais sans la partition dans les mains, je n’arrive pas encore ! ..ça va faire sept ans, et je n’arrive toujours pas à chanter le Notre Père sans tenir la partition tellement je tremble de porter la prière du Fils au Père. Les mots du Fils traversent mon être, là simplement  ma voix n’est alors que la voix qu’empruntent l’Esprit pour faire monter le cri du Fils au Père, le cri des fils de la terre au Père !

 

Je crois que quand on le fait tout seul une fois, quelque chose saisit du dedans. Comment porter individuellement et communautairement les mots du Christ, le Christ qui prie le Père ? Et comment habitons-nous cette saisie ?

À la question des disciples : « Apprends-nous à prier », Jésus a répondu : « Voilà, je vous donne ». Il nous a donné ses propres mots, la prière du Notre Père. Et cela touche à l’essentiel : la vie de filiation voulue par le Père et donnée à tous les hommes, confiées par le Fils dans l’Esprit. C’est notre tâche commune de baptisés. Et il nous est donné de la revisiter aujourd’hui, pour donner chair à notre réponse, donne chair à ces mots du Christ, du Fils au Père.

Chacun monastère est appelée à être lieu de la Prière du Christ : « Ma maison sera appelée une maison de prière. » Chaque chrétien n’est-il pas le Temple de l’Esprit ?

Alors comment marchons- nous ensemble avec la Prière du Fils au Père ?

 

Alors j’ai retenu deux faisceaux lumineux qui m’ont été aussi donnés ces dernières semaines .

D’abord : l’Exhortation apostolique du Pape François, « Gaudete et exultate » : comment sommes-

nous tout simplement des laboratoires de la sainteté de Dieu ?

Ensuite la lettre de Pentecôte de Dom Lepori, abbé général des Cisterciens, en préparation du Synode des Évêques sur les jeunes : Effata, discerner et accompagner aujourd’hui l’appel de Dieu. Comment sommes-nous des paraboles de fraternité réconciliée ?

 

C’est à travers ces deux mots, ces deux réalités : parabole et laboratoire que je vais essayer de reprendre trois demandes du Notre Père, trois prières du Notre Père pour découvrir qui est Dieu .

Et comment au cœur de l’Église, nous portons ensemble des traits particuliers de ce visage au monde ?

Je ne prendrai que trois demandes, trois aspects qui me touchent plus particulièrement pour deux raisons : il aurait fallu une semaine pour toutes les demandes, le temps fait défaut et heureusement, car la deuxième raison a plus de poids, à chacun de faire le chemin, de travailler et d’actualiser la route.

Je redis bien qu’il ne s’agit pas d’imiter mais de partager des expériences pour  vivre sa vie. L’anthropologue René Girard, avec la question du désir mimétique a toujours été contesté, mais depuis sa mort en 2015, on semble mieux le comprendre et tenir compte de ses travaux. Pour ma part, j’ai travaillé en maîtrise de linguistique sa théorie, l’ai décortiquée, retravaillée après les études de théologie en particulière patristiques, pour aujourd’hui y trouver un côté du cadre de mon laboratoire ! Je dis bien un côté, car c’est toujours dangereux d’isoler, d’absolutiser ou de vouloir contenir, définir, tout boucler, parce qu’on en a fait le tour ! Pas de mimétisme, mais un partage qui suscite la vie. En route !

 

Nous avons à chercher la présence de Dieu, à la rendre présente, à manifester cette présence. Et c’est sans doute, en tenant le Notre Père, en tenant chaque demande du Notre Père, jusqu’à la demande finale  « Délivre-nous du mal », et je pense que ce « délivre-nous du mal » est un cri. Si à chaque office, à Vanves, on dit le Notre Père et donc cinq fois par jour, comment cinq fois par jour ces mots du Christ nous traversent-ils ? Nous habitent-ils ? Nous labourent-ils ? Et vous, comment vous, sentez-vous engagés et unis à cette prière de nos communautés ? Savez-vous l’heure des offices de vos communautés, savez-vous rejoindre en pensée, telle ou telle heure pour raviver la communion et offrir, voire jeter ce que vous vivez de votre côté dans cette communion ? Il me semble que nous avons là un lieu précieux, incontournable pour marcher ensemble ! Ne nous le laissons pas voler, comme dirait le Pape François.

 

Et si l’oraison dominicale est ainsi restituée à longueur de vie, d’années, alors la Parole fera ce qu’elle dit. Cette Parole, c’est le Notre Père lui-même, croyons-nous que le Notre Père est Parole de Dieu qui fait ce qu’elle dit ? Comment investissons-nous réellement l’oraison dominicale ?

Personnellement, communautairement ? Comment ces mots prennent chair en nous et par notre

vie, révélons-nous qui est Dieu ? Et qu’est-ce que ces mots révèlent en nous de Dieu ?

La Parole de Dieu, fait ce qu’elle dit ; nous sommes à l’écoute de la Parole pour entrer dans la prière du Fils, il nous faut ressaisir ces convictions sur l’efficacité, la puissance de la Parole de Dieu. C’est une Parole créatrice, rédemptrice. Et le fait que nous tenions le Notre Père, que nous gardions le Notre Père, que nous lui donnions chair est notre manière de dire Dieu, là où nous sommes, en communion.

Nous sommes provoqués, réellement provoqués. Il y a urgence de répondre à la provocation comme

l’Apocalypse nous invite à cette urgence de la conversion, car le Notre Père nous invite à une réelle

conversion, déjà d’oser dire « notre » père. Car c’est une réelle audace de prier en disant « Notre Père ! »

Il y a des jours, où j’aimerais dire simplement, « mon Père » ! Mais il n’en est pas ainsi !

 

La Parole nous appelle fortement à entrer dans la dynamique trinitaire. Dieu se révèle en effet Père, Fils et Esprit Saint, et la Règle, en mettant la prière du Notre Père au cœur de la liturgie comme au cœur de la vie conduit à cette dynamique trinitaire. Le Pape François rappelle dans l’Exhortation :

 

« Le dessein du Père, c’est le Christ, et nous en lui. En dernière analyse, c’est le Christ aimant en nous, car  la sainteté n’est rien d’autre que la charité pleinement vécue . C’est pourquoi, « la mesure de la sainteté est donnée par la stature que le Christ atteint en

nous, par la mesure dans laquelle, avec la force de l’Esprit Saint, nous modelons toute notre

vie sur la sienne ». Ainsi, chaque saint est un message que l’Esprit Saint puise dans la richesse de Jésus-Christ et offre à son peuple. »

 

Ce qu’il nous faut retenir, c’est donc la place de la Parole et de l’Esprit dans notre marche ensemble pour refléter la sainteté de Dieu ! Comment donc écoutons-nous ensemble la Parole, comment appelons-nous ensemble l’Esprit ? Comment discernons-nous ensemble les appels de l’Esprit ?  Ensemble ne veut pas forcément dire, exclusivement ensemble ! Attention au piège de l’exclusivisme qui est un piège contemporain très violent, puissant, caché et tellement mortifère.

L’exclusivisme n’est pas de Dieu, Dom Lepori invite dans sa lettre à entendre à frais nouveau l’appel de Samuel. Comment trouvons-nous cette nouveauté de l’appel de Dieu dans l’ordinaire de nos vies ?

Eli renvoie Samuel se recoucher, il ne lui propose ni une adoration, ni une nuit de veille, rien du tout, mais il le renvoie à sa tâche d’enfant, dormir la nuit ! Et là, Dieu se manifeste en faisant comprendre à Eli, que c’est lui qui appelle l’enfant. Eli a charge de faire faire à Samuel l’expérience de la connaissance de Dieu dans son quotidien. Eli fait comprendre à l’enfant en reconnaissant que ce n’est pas lui qui appelle. Eli ne profite pas de la mission reçue pour prendre la place de Dieu, il ne s’arroge pas ce droit de la paternité au contraire il renvoie le garçon au mystère qui l’appelle. Où en sommes-nous de ce renvoi mutuel, du monastère aux oblats, des oblats au monastère ? La Parole de Dieu fait son œuvre ! « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! » Dom Lepori ajoute dans son commentaire que « Jésus fait de même, il appelle avec un respect absolu de la liberté de chacun, proposant une vérification en toute et absolue liberté : « Que cherchez vous ? Venez et voyez ! » (Jn 1)  Nous avons donc la Parole et l’Esprit. Mais comment rendons-nous accessible la Parole ? Comment nous laissons-nous travailler par la Parole ? Comment accueillons-nous la Parole de Dieu comme Parole qui enseigne (ps 93)... Parole qui guérit (Mc 8 : le sourd-muet)... Parole qui conduit (Ac 9),...Parole qui réconcilie... Parole qui envoie en mission (Mt 28) ?       (à suivre)

 

Nous recommandons à votre prière nos Sœurs décédées au mois d’avril :

+ Sr. Marie-Camille ( Geneviève Salmon), décédée au Monastère Saint-Joseph
    le     10 avril 2019 dans sa 99ème  année, la 75ème de sa Profession

+ Sr. Anita Isidoro, née aux Philippines, décédée dans sa 82 ème année,
     le  22 avril 2019, la 57 ème  de sa Profession .
     Elle était  membre de la  Communauté de la Croix Glorieuse en Amérique,           mais dans une Maison de Soins.

Sous-catégories